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Musicae est née : “Hello World !”

Hello world

L’histoire commence avec un cliché. Nous sommes en mai 2016 à San Francisco. J’y habite depuis un an et demi dans une chambre qui s’ouvre, d’un côté, sur le garage d’une grande maison victorienne, et donne, de l’autre sur un petit jardin envahi de végétation.


C’est une soirée de mai 2016 comme une autre. La journée n’a été ni trop chaude, ni trop froide, mais douce et ensoleillée. Je suis avec des amis français expatriés comme moi et nous écoutons de la musique. Peut-être que plus tard nous irons au “Revolution Cafe” voir le groupe du soir. Rien de certain.


Ce soir-là, Hadrien, co-fondateur de Musicae avec Aymeric et moi, prend les manettes de Spotify et joue un morceau de musique classique. C’est un impromptu de Schubert. Les impromptus de Schubert, je les connais bien. J’étais adolescent lorsque je les ai découverts pour la première fois. Ce soir-là, cependant, à San Francisco, cette musique qui m’est pourtant si familière, je ne la reconnais pas tout à fait. Les notes, la mélodie, sont les mêmes, mais elles ne sonnent pas de la même manière. Il y a quelque chose dans l’intention et l’expressivité qui me perturbent. Moi qui m’attendais à être en terrain connu, je navigue avec surprise en eaux inconnues.


Mon premier réflexe est le rejet. Les impromptus de Schubert, je les ai en tête, et je sais comment je veux les entendre. Et ce n’est pas comme ça. Cependant, les mesures passent. Le thème revient avec plus de force. Il me bouleverse. Le pianiste communique quelque chose qui finit par m’intriguer et brise une à une mes barrières. Jusqu’au beau.


“Qui joue ?” demande-je à Hadrien.


“Mitsuko Uchida”


Le nom ne m’évoque rien. Je vis dans un monde certain dans lequel les impromptus de Schubert sont interprétés par Andras Schiff. C’est la version que j’avais chez moi adolescent, et c’est la seule que je connais.


“Mitsuko Uchida…”


Je me répète le nom silencieusement. J’insiste pour qu’on passe la version d’Andras Schiff. J’ai envie de comparer. J’ai envie de comprendre. Autre version, autre musique. C’est différent. Mais différent comment ? Cette version est-elle meilleure que l’autre ? Je n’arrive pas à me décider. Les deux versions sont distinctes, singulières, comme deux manières de raconter la même histoire, et chacune réveille des parties distinctes, mais également intenses, de ma sensibilité.


Et c’est alors que je suis pris de vertige. Schiff, Uchida, et tous les autres. Combien de pianistes ont interprété les impromptus de Schubert ? Combien d’histoires existe-il de cette même oeuvre ? La liste des interprètes est longue, elle n’en finit pas de grandir, et chacun narre à sa manière le même texte. Ce sont les mille-et-une nuits.


Mais où trouver toutes les versions ? Peut-on toutes les écouter ? Par où commencer ?


Musicae venait de naître sous mes yeux sans même que je le sache. Les jours passent et la question reste sans réponse. Nous sommes deux maintenant avec Hadrien à nous la poser : où trouver facilement d’autres versions des impromptus ? Et par extension, où trouver toutes les versions disponibles d’une même œuvre ? Et qui sera capable de nous aiguiller ?


Nulle part et personne.


Comme il n’y a pas de solution toute faite à ce problème, nous décidons de nous la fabriquer. Nous jetons par écrit l’idée de base de Musicae : construire un catalogue de la musique classique permettant d’y accéder par compositeurs, œuvres et versions. Et une fois que ce catalogue serait construit, catégoriser — sans hiérarchiser — les versions pour en faciliter l’accès. Et une fois que ce travail serait fait, raconter des histoires sur les interprètes, les œuvres, les compositeurs, parce qu’au fond, c’est ça la nature même de la musique : une histoire qu’on continue de se raconter.


Au fil des semaines, Musicae devient dans notre tête bien plus qu’un catalogue — mot un peu terne pour décrire une liste figée d’éléments. Musicae devient un site tout entier orienté vers l’interprète, permettant de naviguer dans son répertoire, mais aussi d’écouter différentes versions de la même œuvre. Musicae devient une plateforme vivante, digitale, dédiée à la musique classique, permettant de retranscrire sa diversité, mais aussi de sauvegarder son patrimoine.


A mesure que le périmètre de notre mission grandit, la tâche devient plus complexe. Trop complexe pour pouvoir la réaliser à deux. Au mois de juillet 2016, Aymeric nous rejoint.


Nous sommes maintenant trois, tous passionnés de musique et au service de la musique. L’un est un spécialiste de la data, c’est Hadrien. Le deuxième est un spécialiste du code, c’est Aymeric. Et le troisième, moi, construit le produit.


N’hésitez pas à suivre les différents chapitres de notre histoire sur notre blog !


A bientôt,


Pierre


PS : https://www.tempso.com/fr/artists/franz-schubert-3729/works/4-impromptus-for-piano-d-899-op-90-262364/recordings